Je deviens Colon. Moeurs algér

 

 

- Notice complète:

Titre : Je deviens Colon. Moeurs algériennes

Auteur : Le Roux, Hugues (1860-1925)

Éditeur : C. Lévy (Paris)

Date d'édition : 1895

Sujet : Algérie (1830-1962)

Sujet : France -- Colonies

Type : monographie imprimée

Langue : Français

Format : In-18

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/bpt6k57894039

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-LK8-1690

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34135456n

Provenance : bnf.fr

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Vue 327 sur 368

298 JE DEVIENS COLON.

Quelle compétence peut avoir Paris dans la ques-

tion de savoir si l'on peut, sans inconvénient,

fermer un barrage qui arrose des potagers le

long de l'Hamiz? On prétend que le plus hon-

nête homme du monde foudroierait sans remords

un mandarin chinois à l'autre bout de la terre.

A plus forte raison les ingénieurs parisiens se

désintéressent-ils de la mort des choux et des

artichauts que nous avons installés le long du

torrent. Les barrages leur apparaissent naturellement

comme des outils construits tout exprès pour donner

aux Ponts et Chaussées l'occasion d'exercer leur

science et leur surveillance. Les artichauts et les

colons végètent autour de ces beaux travaux d'art

comme d'insignifiants comparses.

Le Génie militaire est le coupable fondateur de

ces villages d'étape qui ont causé tant de préjudices

à la colonisation, J'ai visité un des types les plus

complets de cette catégorie disgrâciée, Tablat, au

delà du col des Deux-Bassins et de cette première

lignée de montagnes qui soutient du côté du sud la

plaine de la Metija.

Certes, le bordj de Tablat, avec ses trois cours,

son enceinte, ses poternes, ses allures de fort,

est un des lieux les plus pittoresques de la pro-

vince d'Alger. Aux touristes que n'effrayent pas

huit ou dix heures de diligence, dont la moitié au pas,

 

II

JE DEVIENS COLON. 299

le long de sauvages précipices, je recommande cette

excursion admirable. Parfois les neiges barrent la

route, interrompent les communications pour des

jours. J'ai été surpris par leur chute, cet hiver, au

moment où je passais le col. Sûrement, je serais

demeuré en détresse, si l'on n'avait eu la prévoyance

d'envoyer des cavaliers à mon secours. Mais, au

printemps, les rocs les plus arides se dorent de

lichens ; les petits jardins suspendus par les indi-

gènes à flanc de montagne égayent délicieusement le

paysage abrupt. La vue de la mer, du haut des crêtes,

est un spectacle vraiment grandiose.

Donc il faut marquer d'une croix, sur la carte des

touristes, le village de Tablât, siège d'une commune

mixte, qui groupe au moins quarante mille indi-

gènes sous les ordres d'un administrateur.. Mais

quelle ne dut pas être l'angoisse des pêcheurs bre-

tons et normands que l'administration envoya, il y

a quelques années, en 1875, pour coloniser ces rocs?

On a bien lu : des pêcheurs.

On les avait fait venir pour peupler le petit port

d'Azefoun, qui ne se trouva pas prêt pour les rece-

voir. Ils auraient pu causer des ennuis à l'Adminis-

tration si on les avait laissés sur la côte, dans le

voisinage des villes. On les jeta par-dessus le col des

Deux-Bassins. Ils arrivèrent sur ces sommets do

montagne avec leurs filets sur l'épaule...

III

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Vue 329 sur 368

300 JE DEVIENS COLON.

Qu'est-il advenu d'eux?

Il ne reste aujourd'hui que deux exemplaires de

cette génération sacrifiée : l'un s'est établi cafetier,

l'autre forgeron. Et Tablat, groupé autour de son

bordj n'est plus qu'un village de fonctionnaires. Il est

colonisé par un administrateur, ses adjoints, ses secré-

taires, ses employés de bureau, un juge de paix et un

suppléant, un greffier, un commis-greffier, un huis-

sier, un interprète, un commis-interprète, un rece-

veur des postes, quelques gendarmes, un receveur

des contributions, un porteur de contraintes, un

garde général des forêts, dix gardes forestiers, — (il

n'y a pas de forêts à Tablat, mais il faut bien utiliser

les locaux disponibles), — une maîtresse d'école, un

garde des eaux, un garde champêtre, un cafetier, un

forgeron, une épicerie mozabite et un juif, repré-

sentant des gros juifs d'Alger, qui fait de l'usure avec

les indigènes...

Tout l'univers, dit-on, peut se refléter dans une

goutte d'eau. Est-ce que Tablat serait le

symbole de la colonisation officielle en Algérie ?

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