Pèlerinage au musée de Lalla Fathma N'Soumeur

  Titre:Pèlerinage au musée de Lalla Fathma N'Soumeur/Date d'ajout:Le 23/06/2013 20:46:01 par kall/Date de modification:le 23/06/2013 20:51:57 par kall/Etat: Publié le 23/06/2013 20:46:01


Pèlerinage au musée de Lalla Fadhma N’soumeurmusee-fathma-n-soumeur-tourtatine.jpg

Tizi-ouzou, 22 mai 2011 - Mercredi 11 mai 2011. Une date inoubliable. Encore convalescent, j’accompagne  à partir d’Alger mon cousin Omar Hammoum  chez les industriels de Berrouaghia où il avait coutume de se rendre dans le cadre de ses activités professionnelles. Mais à ses yeux luisants d’un étrange éclair je devinais qu’il me réservait une surprise ce jour là. Pas étonnant chez cet aventurier amoureux de la nature qui a visité plusieurs pays d’Afrique noire, fait guide au grand Sud et sillonné nombre de pays riches de civilisations millénaires comme l’Egypte et la Turquie. Cultivé sans avoir fait d’études poussées, Omar  peut vous parler des astres et des comètes pendant des heures et des heures. Ce jour là il m’a fait une surprise : «aujourd’hui je vais te faire visiter le mausolée de Lalla Fadhma N’soumeur» me dit-il à la sortie d’une fonderie locale.  
    Il était 16h 30 quand nous nous mîmes en route. J’eus du mal à dissimuler ma joie. Envahi d’un bonheur intense, je me remémore sa glorieuse épopée et l’intense émotion que je ressentis en passant il y a quelques années dans la région qui l’a vue naître. Je pensais aussi au jour où avec des amis on a visité la stèle réalisée par notre ami le sculpteur Hammache Baaziz sur les hauteurs d’Iferhounene ou encore la modeste stèle des villageois de la région.  
    En passant par El Hammam - Sur notre route vers la commune d’El Aissaouia où a été érigé il y a deux ans un musée à la gloire de la Jeanne Darc Kabyle, Omar fait un détour sur la droite où un panneau indicatif annonce un hammam qui fait jaillir ses eaux chaudes au bas de ruines datant de l’époque coloniale et que personne n’a songé à réhabiliter. Trop sale pour y faire trempette, on rebrousse chemin après avoir rempli deux bouteilles d’eau d’une source en amont.  
    Direction El Omaria - Berrouaghia, El Omaria et  Bir Ghbalou sur l’autre versant sont des villes et villages ayant accueilli autrefois les forgersons d’Ihitoussene. Le flux migratoire vers cette région du pays n’était pas une destination privilégiée  pour les forgerons d’Ihitoussene en dépit de la richesse de cette partie du pays. Allez savoir pourquoi ! Feux Hammoum Arab et Akli et Hamroun Ali ont  ouvert des ateliers dans les années 50/60. Si le local ayant abrité la forge de Hammoum Arab existe toujours (c’est actuellement une quincaillerie non loin du centre-ville de Berrouaghia), l’atelier de son frère Akli à El Omaria a été rasé pour les besoins de l’urbanisme. Celui de Ali Hamroun (encore vivant) a été transformé par son nouveau propriétaire.  

Musée Fathma N'Soumeur (Tourtatine)


  J’étais curieux de découvrir El Omaria. Tout comme Berrouaghia, cette ville coloniale entourée de plaines verdoyantes semble endormie sous le soleil qui darde ses doux rayons sur cette terre bénie. Ses ruelles bien alignées sont entourées de verdure. Pas le temps de visiter la ville ou de faire un crochet par la famille de notre cousin qui y habite toujours car il se fait tard et la route n’est pas très sûre selon mon guide.  
    Bienvenue à El Aissaouia - Passés El Omaria, la route défile son luisant tapis vers la commune d’El Aissaouia où se trouve le musée de Lalla Fadhma N’soumeur. La plaine se rétrécit soudain pour laisser place à un paysage montagneux et hostile. Avec le jour qui commence à décliner, une sorte de torpeur s’empare de nous qui ne sommes pas habitués à ce relief qui fait peur. Omar semble un peu perdu lui aussi sur ce chemin qu’il dit avoir fait trois ou quatre fois. Point de gens à qui demander des renseignements. Un panneau indicatif vient soudain à notre secours à l’intersection de deux routes. On y lit que le musée de Fadhma N’soumeur  se trouve sur la RN 64 Cà droite de notre chemin à quelques kilomètres de là.  
    Commence une route rétrécie qui dévale la pente ou la remonte soudain obligeant le véhicule à crapahuter. Une multitude de montagnes identiques et  surmontées d’observatoires s’offrent à notre vue. Elles n’ont pas leur pareil dans notre région. Et dans notre progression, il semblait que nous faisions du surplace tant le relief avait du mal à se renouveler et les habitations à se montrer.  Quelques kilomètres plus loin on arrive à un petit hameau où l’on nous rassure sur notre destination. Ici les villages portent des noms typiquement berbères comme Agoussim ou d’autres commençant par Th.  
    Deux auto-stoppeurs se proposent de nous déposer. Et en dix minutes nous sommes arrivés sur les lieux.  
    Recueillement au cimetière où fut enterrée  Lalla Fadhma N’soumeur - Les habitants de la localité connaissent assez bien la glorieuse épopée de Lalla fadhma N’soumeur. Ils en parlent avec émotion. Ils sont quelque part fiers que leur hameau ait accueilli l’héroïne. Le musée érigé par la direction de la culture de Médéa y est pour beaucoup. Avant de rallier le musée, nous fîmes une halte dans le cimetière où elle fut enterrée en 1866 après avoir séjourné dans la région pendant près de sept ans. Un bloc de béton peint en blanc signale l’endroit où  fut enterrée l’héroïne dont les ossements ont été réinhumés à El Alia.  
    On nous conduisit au musée réalisé il ya deux ans par la direction de la culture de Médéa. Il se faisait tard et nous dûmes envoyer chercher le gardien du site. Un homme d’un certain âge entreprit d’aller à sa recherche. Ne le trouvant pas chez lui, il revint toutefois avec les clés avec cette instruction que «des gens venus d’Alger veulent voir le musée». Accompagnés de trois habitants de la localité nous pénétrâmes dans le site.Musée Fathma N'Soumeur (Tourtatine)
    Au musée de Lalla Fadhma N’soumeur - Quelques marches  rapidement enjambées  nous conduisirent dans la cour du  musée construit avec des matériaux locaux en  ardoise dure. Un petit caillou de calage céda et je le mis dans ma poche pour en garnir le musée de notre village qui fournit autrefois à Fadhma N’soumeur des armes et de la poudre.  Erigé au cimetière de la zaouia Sidi Ali, le musée restitue ce qui semble être les restes de l’ancienne zaouia. De petites chambres en « L » aménagées et remises au goût du jour. Tout respire ici le recueillement.  
    Alors que nos guides de fortune s’échinaient à trouver la bonne clé sur trousseau d’où pendaient une dizaine de clé, nos cœurs   se mirent à battre avec frénésie. La pénombre rendait encore plus forte cette impression de remonter le temps pour aller à la rencontre d’un personnage historique hors du commun. On dut ouvrir les petites fenêtres d’où giclait le soleil peu avant son coucher. Et la lumière se fit alors plus intense sur les statues de cire représentant Fadhma N’soumeur, ses parents, son fiancé Boubaghla et tout le décor kabyle domestique de l’époque. La méchanceté des  généraux français penchés sur une maquette en train de planifier une attaque ou se livrant à l’interrogatoire de l’héroïne détournant le visage se fit encore plus dure dans ce décor fantomatique.  
    Le décor représentant Fadhma N’soumeur morte allongée sous son linceul semble réel. On y lit toutes les épreuves supportées par la Jeanne Darc kabyle dont on imagine la solitude et les souffrances dans ces lieux qui font encore peur aujourd’hui.  
Musée Fathma N'Soumeur

Un olivier centenaire veille sur les lieux  -  Symbolique de la Kabylie ancestrale de Fadhma N’soumeur, un olivier centenaire veille sur les lieux dont on dit  qu’ils n’avaient pas autrefois été ménagés par les visiteurs de la nuit. La quiétude y règne aujourd’hui. Tout parle dans ces lieux sacrés par la présence de cette résistante  qui a voué sa beauté et sa jeunesse pour une cause juste. On se sait pas pourquoi le sculpteur n’a pas jugé bon de restituer la couleur dorée de la chevelure blonde de la résistante telle que dépeinte par Tahar Oussedik. Mais brune ou blonde, notre héroïne exerce toujours  un siècle et demi après sa mort une extraordinaire fascination sur les visiteurs. Les chants et les louanges de la montagne résonnent encore sur les lieux où est parvenue  sa renommée et les farouches batailles qu’elle a livrées aux généraux français.  
    Un lieu à visiter - Bien que loin de restituer le sacrifice et le combat de Fadhma N’soumeur, le musée mérite le détour. Les associations culturelles et tous ceux qui font des recherches sur l’histoire se ressourceront dans ces lieux où l’héroïne a trouvé refuge pendant quelques années. S’y rendre serait également synonyme de reconnaissance au combat de cette femme qui a bravé bien des interdits pour se construire une éducation et une instruction qui lui ont permis de diriger la résistance. 

Hammoum Salem   

Kabylie.Newset Bouzeguene News - Des sites d'information générale et de proximité

Musée Fathma N'Soumeur (Tourtatine)Musée Fathma N'Soumeur (Tourtatine)
 

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site.

Date de dernière mise à jour : 24/06/2013

الصلاة و السلام عليك يا رسول الله

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site