L'affaire Si Salah

L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bourèga

par Sadek SELLAM

| Presses Universitaires de France | Guerres mondiales et conflits contemporains

2001/1 - n° 201

ISSN 0984-2292 | ISBN 9782130519461 | pages 163 à 176

Pour citer cet article :

— Sellam S., L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bourèga, Guerres mondiales et conflits

contemporains 2001/1, n° 201, p. 163-176.

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L’AFFAIRE SI SALAH,

vécue par le commandant Lakhdar Bourèga

Lakhdar Bourèga, l’ancien chef de la katiba (compagnie) Zoubiria, a

vécu à l’intérieur de la wilaya IV l’affaire Si Salah, en tant qu’adjoint militaire

du capitaine Abdelatif, le chef de la mintaka 42. Dans ses Mémoires,

parues en arabe sous le titre Témoin de l’assassinat de la Révolution (Dar al

Hikma, Alger), il fait des révélations sur cet épisode de la guerre

d’Algérie. Sadek Sellam résume dans cet article la relation par L. Bourèga

de cette « ténébreuse affaire ». Si Lakhdar Bourèga a lu les épreuves de cet

article qu’il a trouvé conforme à ses mémoires.

Les protagonistes de l’affaire

Le discours du 16 septembre 1959 dans lequel le général de Gaulle a

parlé d’autodétermination a rencontré un écho favorable chez certains

officiers supérieurs de l’ALN. Ceux-ci manifestaient de plus en plus de

confiance envers le chef de l’État qu’ils croyaient être en mesure d’aller

vers une solution satisfaisante du conflit algérien par la voie de la négociation.

L’idée même d’autodétermination leur paraissait représenter un

début de reconnaissance des revendications politiques pour lesquelles ils

combattaient depuis cinq ans.

La même intervention provoquait la consternation chez les officiers de

l’armée française d’Algérie qui croyaient à une issue militaire. C’est en

confiant leur perplexité au colonel Alain de Boissieu, qui était chef de

cabinet du délégué général Paul Delouvrier, que ces partisans d’une victoire

militaire ont entendu le gendre de De Gaulle leur répondre que

seule « la neutralisation d’un chef de wilaya » pourrait dissuader son beaupère

de chercher à négocier avec le GPRA. Le colonel Henri Jacquin qui

dirigeait le BEL (Bureau d’études et de liaisons) assistait à l’entretien. Il

passa aussitôt en revue la situation de toutes les wilayas avant de jeter son

dévolu sur « la IV ».

Malgré les graves difficultés internes dues notamment aux défections

provoquées par l’offre de la « Paix des braves » par le général de Gaulle en

Guerres mondiales et conflits contemporains, no 201/2001

septembre 1958, et qui donnèrent lieu à de sévères mesures d’ « épuration

», et en dépit des rudes coups portés en 1959 par l’opération

« Courroie » du plan Challe qui lui valut de perdre près de la moitié de ses

effectifs, la wilaya de l’Algérois gardait, avec ses 2 500 djounouds (selon les

estimations du BEL), une importance militaire certaine1. Selon Jacquin, la

wilaya IV était restée « le phare de la résistance intérieure ». L’affaire Si

Salah, ou opération « Tilsit », est née de la diffusion au sein de l’ALN de

l’idée d’une paix séparée par les officiers du BEL, qui étaient dirigés

notamment par le capitaine Heux. Les manipulations de ce spécialiste de

la guerre psychologique avaient été à l’origine de la mise en place de la

Force K, un faux maquis créé en 1957-1958 près d’Aïn Defla, sous la

direction de Djilali Belhadj, dit Kobus2, un ancien de l’OS passé au début

des années 1950 au service du SLNA du colonel Schoen. L’action du BEL

au sein de la wilaya IV avait en quelque sorte anticipé le désir de quelques

officiers supérieurs de celle-ci de répondre directement aux offres du

général de Gaulle. Ajoutée aux contacts qu’avaient déjà noués avant le

13 mai 1958 avec le FLN et l’ALN de la région d’Alger des gaullistes

comme Lucien Neuwirth, cette action favorisa l’émergence d’un véritable

courant « degaulliste » (Jacquin) au sein de la wilaya IV3. C’est le commandant

Lakhdar Bouchama qui faisait figure de chef de file de ce courant

attentif aux propositions du général de Gaulle.

Né au début des années trente à Novi près de Ténès, L. Bouchama

avait fait des études de lettres à Alger. Il a rejoint l’ALN en 1956 dans sa

région natale. Il avait servi dans le commando zonal Djamal avant d’être

promu capitaine chef politico-militaire de la zone 4 (Ténès-Cherchell).

Le 14 janvier 1960, le conseil de la wilaya IV a été convoqué, par le commandant

Si Salah, pour la première fois depuis la mort mystérieuse du

colonel Si M’hamed, le 5 mai 1959 à Ouled Bouachra, près de Médéa. À

cette occasion, Si Lakhdar Bouchama a été promu commandant, chargé

des Renseignements et liaisons au sein du nouveau conseil de wilaya. À la

fin de cette réunion, le commandant Lakhdar arrive à convaincre le commandant

Halim de l’utilité d’engager des pourparlers directs avec les

Français. Originaire de Sidi Aïssa, Halim était un ancien condisciple de

Boumédiène à l’université islamique d’El Azhar. Après une période d’instruction

dans une académie militaire égyptienne, il était passé par le camp

d’entraînement de Amrya4. Il était arrivé en 1957 dans la wilaya IV où il

est devenu assez rapidement capitaine, responsable politico-militaire de la

164 Sadek Sellam

1. Pour sa part, Téguia estimait à 5 000 djounouds les effectifs de la wilaya IV au moment de

l’affaire Si Salah.

2. N.d.l.R.— Voir dans le no 191 de la revue, septembre 1998, l’article de Jacques Valette, « Le

maquis Kobus, une manipulation ratée durant la guerre d’Algérie (1957-1958) ».

3. Lucien Neuwirth a révélé l’existence de ces contacts dans une déclaration faite au Figaro-

Magazine à l’occasion du 40e anniversaire du 13 mai.

4. Selon L. Bourèga, qui a bien connu Halim, Boumédiène n’a pas fait l’académie militaire. Par

ailleurs, le mémorialiste juge que Halim était très affecté par les pertes subies par la wilaya IV juste

avant l’affaire Si Salah.

zone 1 (Palestro-Tablat). À la réunion du 14 janvier 1960, Halim est

promu commandant, membre du conseil de wilaya avec le titre de commissaire

politique. On peut supposer que les souvenirs mitigés ramenés du

Caire, où il avait observé les dissensions au sein du CCE du FLN, l’avait

prédisposé à être réceptif aux sévères récriminations du commandant

Lakhdar Bouchama contre l’ALN et le FLN de l’extérieur.

Les deux membres du conseil de la wilaya ont pu rallier à leurs vues le

capitaine Abdelatif, le chef de la zone 2 (Médéa-Aumale). De son vrai

nom Othman Telba, Abdelatif était originaire de Koléa. Sa qualité d’ancien

du commando zonal Ali Khodja lui valait un grand prestige auprès de

ses djounouds. Ce « militaire sobre de gestes et de paroles » (Jacquin) avait

été arbitrairement emprisonné en 1957 par l’ALN du Maroc, d’où il a pu

s’échapper en compagnie du docteur Farès, le neveu de Abderrahmane

Farès, natif comme lui de Koléa et qui venait d’achever ses études de

médecine à Montpellier. Abdelatif était revenu à la wilaya IV assez

mécontent de ce qu’il avait vu et vécu au Maroc.

Les soupçons de L. Bourèga

Il avait comme adjoint militaire au sein du conseil de la zone 2 le lieutenant

Lakhdar Bouregaa. Dans ses mémoires publiés en arabe à Alger

sous le titre évocateur Témoin de l’assassinat de la révolution, il se souvient

qu’il a reçu le 2 mars 1960 une convocation des commandants Lakhdar et

Halim lui demandant de venir, seul et dans le plus grand secret, les

rejoindre au douar Bouakiria près de Tablat. Ses deux supérieurs, avec

lesquels il est resté du 12 au 18 mars, lui ont demandé d’interrompre la

préparation des contingents que la wilaya IV avait l’habitude d’envoyer

comme renforts aux wilayas qui étaient en difficulté5. Ils l’ont interrogé

sur le commandant Si Mohamed, l’adjoint militaire de Si Salah, pour

savoir s’il était parti accomplir sa mission en zone 3, puis dans la wilaya V.

L. Bouregaa fut intrigué par ce contre-ordre donné par des supérieurs qui

étaient censés se rendre dans les wilayas I et VI pour l’accomplissement des

missions décidées lors de l’importante réunion du 14 janvier. Alors qu’il

s’interrogeait sur les raisons cachées de ces changements, le lieutenant

Lakhdar a vu arriver à El Bouakiria son supérieur immédiat le capitaine

Abdelatif qui rentrait d’une mission secrète à Médéa, dont il saura plus

tard qu’elle consistait à rencontrer le cadi de cette ville Si Kaddour

L’affaire Si Salah 165

5. La wilaya IV avait un représentant permanent dans les Aurès, du fait de l’importance accordée

par le colonel Si M’hamed à cette wilaya. Si Tayeb Djoghlali a été un de ces représentants de la IV

dans les Aurès en 1957. Après la réunion des chefs de wilayas tenue en décembre 1958 à Djidjelli, la

wilaya IV a dépêché des renforts auprès de la wilaya I (Nememchas-Aurès) pour lui permettre de venir

à bout d’une dissidence. Elle a également mis trois sections à la disposition de la wilaya VI qui était en

proie à des difficultés qui coûtèrent la vie à deux de ses chefs, Ali Mellah et Si Tayeb Djoghlali. À la

veille de l’affaire Si Salah la wilaya IV continuait de pratiquer la solidarité avec les wilayas en difficulté

en leur envoyant des contingents. Les zones de Tiaret-Frenda et de Relizane-Mostaganem de la

wilaya V, qui se plaignait de

Commentaires (2)

1. mustapha 20/03/2011

salam je suis à la recherche d'informations sur mon oncle maternel tombé au champ d'honneur en 1958 59 .il s'appelle abdelkader tebbal (dit si abdallah) ma mere m'a dit qu'il etait à un moment dans la katiba zoubiria avec si lakhdar bouchama merci de bien vouloir me communiquer d'autres informations si possible
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Salut Mustapha,
Personnellement, je ne suis pas en possession d'informations sur ton oncle maternel qu'Allah yar'hamou wa yarham Echouhada mais je publie ton message en espérant qu'il y ait parmi les consultants de ce site quelqu'un qui pourrait te les communiquer inchallah.

2. djillali yassine 03/09/2010

Bonjour, je suis déçu à l'égard de quelques Moudjahidine de la wilaya 4. Le problème qui se pose: ils parlent que de quelques moudjahidate dans leur témoinage. Pour moi, ça se comprend ,tous ça c'est de l'égoïsme.Ma mère était infermière dans la wilaya 4.Pour preuve, Elle a des photos avec le colonel si M'hamed et avec le commandat si Lakhdar . Elle a travaillé à Alger avec Hassiba Ben Bouali. Elle était recherchée par l 'armée française mais elle n'a jamais demandé quelque chose ,c'est par ce qu'elle a fait tout ça pour l' independance d un peuple qui a souffert et qui,malheureusement, continue a souffrir.Elle s' appelle Nateche Safia. Son nom de guerre c'est Abla.

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