Commando Ali Khodja

 

Commando Ali Khodja. Souvenirs d’un combattant (Wilaya IV, Zone I), tel est

le titre de l’ouvrage de Hocine Aït Idir qui vient de paraître

aux éditions Alger-Livres(*).

 

Ecrit dans une langue très simple et sans fioriture, le livre de Hocine Aït Idir est une très attrayante narration faite par un homme, qui fut l’un des plus jeunes djounoud de cette formation d’élite de l’Armée de Libération nationale (ALN) dans la wilaya IV (zone I), dont le fondateur éponyme – le chahid Mustapha dit Ali Khodja, un enfant d’El Biar – avait déserté les rangs de l’armée française avec armes et bagages pour gagner le maquis de la wilaya IV, où il deviendra, dès lors, le principal lieutenant du colonel Amar Ouamrane. Tombé au champ d’honneur à Fort-de-l’Eau (actuellement Bordj El Kiffan) en 1956, Ali Khodja honorera de son nom, à titre posthume, cette redoutable formation d’élite, qui devait remporter plusieurs victoires éclatantes sur les unités de choc les plus aguerries de l’ennemi français.

Mais écrire, témoigner des faits liés à une participation personnelle à la lutte armée est loin d’être chose aisée pour tout un chacun, loin s’en faut. «L’idée de coucher sur le papier mes souvenirs de combattant remonte à un moment, souligne l’auteur dans son avant-propos. J’étais alors dans l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM), dont j’étais et demeure jusqu’à présent un membre actif. Le rôle primordial de cette organisation est naturellement de tout mettre en œuvre pour l’écriture de l’histoire de la guerre de Libération nationale, tout en veillant, dans le cadre de ce vaste dessein, à encourager l’ensemble des moudjahidine à apporter leurs témoignages oraux ou écrits, fournissant, de la sorte, une matière première de base pouvant servir plus tard aux différents chercheurs et historiens, soucieux de consigner et d’étudier objectivement tous les faits marquants liés au combat mené par les forces vives du peuple algérien contre l’occupation coloniale française.»

 

Vérité amère

 

Et, dans la foulée, il ne manque pas d’ajouter cette amère et attristante vérité : «Il est fort regrettable de constater que la majorité des moudjahidine soit davantage séduite par le côté social et matériel de la vie que par des préoccupations d’ordre idéologique ou des considérations historiques, sans compter que très rares sont ceux qui, parmi eux, jouissent d’une bonne maîtrise de la langue arabe ou française leur permettant de relater leur expérience de combattants.» Hocine Aït Idir nous livre d’abord ses souvenirs d’enfance et d’adolescence. Né en 1941, à Zghara (la Consulaire), dans la commune de Saint-Eugène (actuellement Bologhine), au sein d’une famille pauvre et modeste, dont le père était durement exploité par un gros propriétaire français, il est orphelin de père à l’âge de 1 an. La vie sera rude pour lui et pour tous les siens. Mais la pauvreté, la misère, le dénuement, c’est un fait bien établi, offrent l’avantage de développer le sens de l’économie, de la solidarité et de la chaleur humaine…

Comme il en était alors pour presque tous les membres de la population indigène, il subira l’iniquité quotidienne de l’ordre colonial, aura une scolarité perturbée dans un quartier où il n’y aura qu’un seul jeune Algérien à réussir l’examen d’entrée en sixième, se retrouvera très tôt immergé dans la vie active, alors qu’il n’a pas encore quatorze ans… Tout cela le conduit à s’interroger, à réfléchir, à prendre conscience de la nécessité de secouer le joug colonial, de s’éprendre des idées de liberté et d’indépendance nationale. Ayant rejoint le FLN, Hocine Aït Idir milite dans les rangs de l’Organisation civile et prend également part à des actions armées ciblant des Européens. Il rejoint ensuite le maquis de la Wilaya III (Kabylie) à M’kira, et, au bout du compte, se retrouve à Palestro-Hazama, dans la Zone I de la Wilaya IV, où, malgré son très jeune âge, il finit par être intégré dans le commando Ali Khodja, où il assumera, entre autres tâches, celle d’infirmier. Il prend ainsi part aux grands engagements militaires du commando, vit dans le feu des batailles à armes inégales marquées par les bombardements massifs et les horreurs du napalm. Hocine Aït Idir, qui nous raconte la mission du commando Ali Khodja en Wilaya I, nous parle des fameuses fractions dissidentes de l’ALN dans la région des Aurès qu’on appelait les «moucheouichoune» (les fauteurs de troubles). Le commando regagne ensuite la Wilaya IV.

Les batailles se succèdent, et le commando Ali Khodja demeure toujours à la hauteur de la réputation qu’il s’est taillée. Parmi ses figures emblématiques, il y a celle du commandant Azzedine (Rabah Zerari), à l’égard duquel l’auteur ne tarit pas d’éloges. Fait prisonnier quelques mois plus tard, Hocine Aït Idir est fait prisonnier à Zaâf. De là, il est successivement transféré au camp militaire de Tablat, au centre de torture DOP de Aïn Taya, au camp de Boukabrine, puis au centre de tri de Beni Messous, à Camp-du-Maréchal (Tadmaït), et est finalement libéré après un séjour à l’hôpital de Beni Messous. Ayant renoué avec l’Organisation FLN, il gagne la France, puis l’Allemagne de l’Ouest, après quoi, rejoint Tunis via Rome et Tripoli. Dans la capitale tunisienne, il est hospitalisé à l’hôpital Ben Zerdjeb. Ce périple s’achève avec le retour dans une Algérie fraîchement indépendante. L’ouvrage est agrémenté d’annexes et d’un album iconographique très riche. Sincère et sans autre prétention que de témoigner d’un vécu de maquisard de base, ce récit est à lire et à faire lire.

 

 

(*) Hocine Aït Idir, Commando Ali Khodja. Souvenirs d’un combattant (Wilaya IV, Zone I), Alger-Livres Editions, Alger 2011.

Prix public : 680 DA.

 

Kamel C.

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