Afin que nul n'oublie...(1)

La Voix de l’Oranie

N°3452 - MERCREDI 16 MARS 2011

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Cher ami, j'ai plaisir à vous transmettre en pièces jointes une contribution intitulée " Afin que nul n'oublie..." parue les 16 et 17 mars sur 'La Voix de l'Oranie' à l'occasion du 49° aniversaire de la proclamation du cessez-le-feu. Ayant pour thème les évènements majeurs ayant suivi les glorieuses manifestations de décembre 1960 et particulièrement le déchaînement de haine et de violence des partisans de l'Algérie française contre une population désarmée, cette contribution de Djillali Hadjebi, écrite avec talent et que je trouve très intéressante, mériterait de figurer dans vos espaces pour être portée à la connaissance du plus grand nombre et permettre à toute une génération de jeunes algériens de découvrir quelques pans de son passé afin de mieux comprendre son présent.

Bien cordialement et bonne continuation.

                               Hadj Ali Dawia

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                                                       «AFIN QUE NUL N'OUBLIE …»

                                                       ( Première partie)

 

 

PAR DJILLALI HADJEBI *

 

«Les impérialistes ont toujours été de mauvais

éléves de l’Histoire. Ils oublient vite leurs leçons…»

Général V.N. GIAP

 

En janvier 1961, voilà cinquante années,

tous les analystes et observateurs avertis de la politique

coloniale française s’accordent à dire que les

glorieuses manifestations de décembre 1960 viennent

de sonner le glas de la longue occupation

française de l’Algérie.

 

Après plus de six années d’une lutte héroïque

menée contre l’une des plus puissantes armées coloniales

du moment, la guerre d’Algérie semble

toucher à sa fin. Reconnu par les plus grandes instances

internationales le Front de Libération Nationale

s’impose comme seul et unique représentant

de tout le peuple algérien. Divisé, acculé, épuisé par

une guerre qui ne lui a coûté que trop, Paris prend

des contacts, engage secrètement des pourparlers,

cherche par tous les moyens à trouver une solution

au problème algérien. Le F.L.N. négocie mais demeure

intransigeant sur l’essentiel.

 

D’importantes décisions paraissent imminentes...

Devinant l’issue inéluctable de la guerre, oubliant

les bonnes leçons du passé, l’Armée coloniale s’empare

dès le mois d’Avril du pouvoir; un ‘Non’ catégorique

à De Gaulle et à toute idée d’abandon de

l’Algérie. Les colons et les ultras, entraînant derrière

eux tous les pieds-noirs, le petit peuple, sont au

comble de l’hystérie. Les ‘héros’ de Diên Biên Phu

leur promettent plus qu’ils n’en demandent… Après

le discours du Général De Gaulle, l’hésitation de

quelques officiers encore ‘loyaux’ et la prise de conscience

des soldats du contingent, l’Armée regagne

discrètement ses cantonnements. En fuite, ses chefs,

un ‘quarteron’ de généraux putschistes, maintiennent

le contact avec les conjurés, s’organisent. Des

dépôts d’armes, de munitions et d’explosifs, disparaissent

comme par enchantement des casernes,

des commissariats et autres S.A.S. Les désertions atteignent

des chiffres effarants… Trompés, déçus

après tant d’espoir, la rage au coeur et la mitraillette

flambant neuve à la main, les ultras, les colons et les

pieds-noirs ralliés à leur cause, reprennent à leur

 

compte l’insurrection. Chacun veut mener sa petite

guerre. C’est à celui qui fera le plus de bruit… Le 2O

Mai la presse fait état de l’ouverture de la première

conférence d’Evian entre la France et le Front de

Libération Nationale. On parle pour la toute première

fois d’autodétermination… De leur côté, en

une ultime opération, les services psychologiques

de l’armée coloniale tentent de créer une soi-disant

‘troisième force’ avec qui dialoguer le moment venu.

Les 1° et 5 juillet des manifestations grandioses sont

organisées sous l’égide du F.L.N. au Clos-Salembier

à Belcourt, à Kouba, à Baraki et à Blida en plein

coeur de la Mitidja, pour ne citer que celles-là, pour

contrecarrer les actions menées par les services psychologiques

de l’Armée. Ces manifestations démontrent

une deuxième fois à l’opinion mondiale, l’unité

et le choix du peuple algérien…

 

Telle une bête blessée à mort et sortant dans

un dernier spasme toutes ses griffes, les partisans de

l’Algérie française, par la terreur et l’assassinat, par

le meurtre et le chantage, tentent de s’opposer au règlement

du problème. Avec une haine et une bestialité

jamais égalées, ils s’acharnent aveuglément

sur une population sans défense. Le plastic fait des

ravages.

 

Les dégâts sont considérables. Chaque jour, les

victimes se dénombrent par centaines. Abandonnant

leurs biens, des familles entières fuient les

quartiers européens. Dès les premiers jours une inscription

apparait sur les murs de la capitale et des

grandes villes du pays : ‘O.A.S.’. Répétées partout,

accompagnant chaque crime, chaque assassinat,

chaque destruction, ces trois lettres, sigle de l’Organisation

de l’Armée Secrète, finissent par faire

trembler les européens eux-mêmes. Des officiels

sont enlevés, séquestrés, assassinés. Jamais la faiblesse

de l’Etat n’a été autant ressentie. A tous les échelons

hiérarchiques des diverses autorités, les

complicités, voire la présence de cet ‘ordre noir’,

 

 

Telle une bête blessée à mort et sortant dans

 

un dernier spasme toutes ses griffes,

 

les partisans de l’Algérie française, par la terreur

 

et l’assassinat, par le meurtre

 

et le chantage, tentent de s’opposer

 

au règlement du problème.

 

sont indéniables.

 

Malgré la forte présence des forces de l’ordre et

malgré le couvre-feu, l’O.A.S. mène à bien toutes ses

actions, agit à visage découvert de jour comme de

nuit. Toutes les fermes de la Mitidja servent de centres

d’entraînement, de caches, de points de ralliements

et de bases de départs des expéditions

contre des quartiers, des villages et des hameaux

‘livrés’ pieds et poings liés à la bête immonde.

 

Erigés en brigades et en commandos, bien entraînés

et bien encadrés par de jeunes officiers spécialistes

de la guerre subversive, les ‘ultras’ et leurs

acolytes se surpassent dans le crime et l’horreur.

Même les enfants ne sont pas épargnés.

 

Les malades sont achevés sur leur lit d’hôpital. Si

l’O.A.S. ne constitue à ce moment-là que la 47° organisation

clandestine française, son équipement,

son entraînement et son encadrement, firent d’elle

l’une des plus organisées et des plus meurtrières jamais

mises sur pieds. Ses actions s’étendent jusqu’en

métropole. C’est dire tout le degré de nuisance

auquel est parvenue cette organisation criminelle

tout au long de cette cruciale année où sa politique

 

de la terre brûlée prend le pas sur toutes autres approches

qui n’épouseraient pas sa haine partisane.

Les villes d’Oran, de Constantine et de Bône entre

autres, connaissent les mêmes évènements que ceux

d‘Alger. Devant les massacres perpétrés par l’O.A.S.

et afin d’éviter à tout prix un affrontement direct

entre les deux communautés, le F.L.N. renforce ses

positions dans les villes et villages…

 

La Cité Récazin, Baraki pour les autochtones,

est une grande bourgade d’ouvriers agricoles

ne dépassant pas les quatre milles âmes et à

 

Des dépôts d’armes, de munitions

et d’explosifs, disparaissent comme

par enchantement des casernes,

des commissariats et autres S.A.S.

 

forte dominance musulmane. Situé à une quinzaine

de kilomètres au Sud d’Alger et à équidistance entre

El-Harrach à l’Est, Kouba au Nord et Sidi-Moussa à

l’Ouest, Baraki est connu non seulement pour ses

magnifiques vergers et ses prestigieux cépages, son

succulent muscadet et ses délicieuses ‘golden’ et

autres ‘duchesses’ expédiés par bateau entier en

métropole, mais également pour avoir abrité à partir

des années vingt une importante Base d’Aérostats

et un Centre d’essais moteurs pour Dirigeables. En

Novembre 1942 lors du débarquement des forces alliées

en Afrique du Nord, ces aires de stationnement

et toute la partie ouest de la Cité Récazin furent

transformées en de gigantesques dépôts de carburant,

de munitions et d’équipements militaires

divers. Dès le déclenchement de la lutte armée et

l’appel du F.L.N., Baraki a vu, à l’instar de toutes les

autres villes et villages du pays, les meilleurs de ses

fils répondre à l’appel du devoir.

 

En ces temps à la fois d’espoir mais aussi de

peur et d’incertitudes pour les uns et les autres, le

village est à l’écoute de l’évolution de la situation

dans le pays. Sa position charnière entre d’une part

Alger au Nord et les montagnes ceinturant la Mitidja

au Sud, fait de Baraki une zone de départ et de

repli stratégique pour une bonne partie des fidaynes

et autres responsables de la zone autonome d’Alger

et de la wilaya IV. Appliquant les consignes des

‘frères’, tous les habitants du village se sont organisés

en groupes d’auto-défense et assurent des gardes

de nuit.

 

Plus que deux heures et le premier tour de garde

sera terminé. Les hommes tirent nerveusement sur

la cigarette cachée au creux de la main pour la protéger

du vent et d’une pluie fine et glaciale. De

temps à autre, des gosses alertes ramènent du café

chaud.

 

Du côté du stade, venant de Kouba ou d’El-Harrach,

tous feux éteints, plusieurs voitures roulent

lentement en direction des ‘Sampéri’. A l’autre bout

du village, côté ouest, venant sans doute de l’Arbaâ

ou de Sidi Moussa, autant de voitures convergent

vers les ‘Castello’.

 

A suivre

 

* Romancier et scénariste

Notes de références :

 

- El Moudjahid n° 89, 90 et 91 des 16 janvier, 9 et

19 mars 1962

- La Guerre d’Algérie de Y. Courrières, Fayard/

Paris, 4 vol. 68/71

- La Guerre d’Algérie par P. Eveno et J. Planchais,

Laphomic/Alger, 1990

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