Tablat, le cri du silence

 

Plus de 15 années après la longue nuit terroriste, les mêmes disparités restent cramponnées aux montagnes de Tablat. Une commune exsangue, au profond de la mal-vie, du chômage hurlant établi à 60%. Des jeunes voués au stockage, en prenant les cafés de la contrée à témoin.

 Tablat


Ici, le manque à gagner a joué sur plusieurs tableaux: logement, gaz de ville, alimentation en eau potable, soutien agricole, emploi, infrastructures sanitaires (un hôpital sur cale), les espaces culturels et sportifs. Un état des lieux qui ne reflète pas le long cheminement de cette commune mixte fondée en 1879, avant un statut de sous-préfecture en 1956. Un cumul de déficits multisectoriels en années-lumière couplé aux dévastations du terrorisme crédité de la destruction de 24 équipements publics et entreprises publiques durement acquis.

Un "audit" terrible pour les 53 habitants entassés dans une camisole cadastrale d'à peine 77 km².    L’hémorragie  rurale des années 1990 a exacerbé davantage la situation locale et fait ressurgir une demande sociale ingérable.

Rasfa, Tagherboust, Beni-Belkacem, Beni Djoghlal, Ahl Draa, El Mouchène, Touanza. Des noms qui révèlent des populations berbères senhadjas, ces Berbères inoxydables, fiers, braves, hospitaliers enfouies dans une vallée ou disposées en cercle autour de Tablat.

C 'est là, dans ces boyaux semi-urbains, que les cavaliers de l' apocalypse ont sévi de la manière la plus impitoyable. Des ruraux pauvres, sans identité, sans armes. 

Mitraillés, égorgés, kidnappés, poussés sur les chemins du déracinement et de l'inconnu. Le génocide de 60 personnes à Souhane, village limite entre Tablat et la région de Blida, que l'auteur de ces lignes a rapporté à l' époque, en est la sinistre illustration.

Des disparités qui se sont répercutées évidemment sur les riverains. Les besoins se déclinent dans tous les secteurs sans trouver répondant. Cela, explique-t-on, à cause du foncier public qui s'est mis de la partie.

En effet, la topographie difficile de cette commune montagneuse, perchée à près de 400 mètres  d' altitude, et la dissémination de sa population sur villages et hameaux, n'est pas faite pour arranger les choses. D' où la nécessité impérieuse d'une ouverture vers le sud, pour accueillir des projets structurants, actuellement au cœur des préoccupations des autorités locales. Pour le moment, des besoins basiques sont en attente, particulièrement une opération de transfert hydrique à partir du barrage Koudiat Acerdoune, livrable en 2013, et la fin des corvées d'eau, citernage, robinets ouverts durant la nuit pour entendre le précieux liquide arriver.

S'y greffent aussi le gaz de ville, l'habitat précaire (600 masures emportées par le séisme de 2003),  l'aménagement urbain. La création des conditions d'une croissance économique durable passent inexorablement par le secteur agricole dépliant une superficie de 2.765 ha dont 2O2 en irrigué. Dans cette optique, la formule Projets d' initiative locale (PIL), a permis la réalisation de petites exploitations de 3 à 5 ha d' oliveraies, sous forme de concession, financées par les collectivités locales. Depuis 2012, 143 ha d' oliviers ont été plantés sur un programme initial de 279 ha dans les communes de Tablat, Mezghenna, Meghraoua, et El Azizia. Le secteur du tourisme, a des arguments à faire valoir: sources thermales de Touanza, et Moulay Ahmed; Ain El Kassis aux vertus thérapeutiques scientifiquement avérées pour les calculs rénaux. Les espaces paradisiaques de Tifrès, Talar' Zag, Ben Taouès et El Assam répertoriés comme sites pouvant accueillir parcs de loisirs, terrains de camping. Tout en passant par l'artisanat, avec 150détenteurs de métiers dont le fameux coffret berbère.

Avant de quitter la ville, les Tablatis ont insisté pour que lumière soit faite sur le fameux hôpital financé sur Fonds saoudien de développement à hauteur de 53 milliards de centimes.

Les travaux de réalisation ont été confiés il y a plusieurs années à l'entreprise américaine "Archatone International LLC", qui a dépensé 8 milliards sur un radeau de chimères avant de s'évanouir dans la nature.

Un coup d'arrêt de deux années, puis quelques coups de pioche d'une entreprise algérienne et des considérations financières ont fini par renvoyer ce vieux projet aux calendes grecques. On n'en saura pas plus pour le moment, tandis que les habitants se disent lourdement pénalisés par cette interminable partie de "ping-pong". Ils revendiquent légitimement un droit à l'information sur ce qui s'est passé...

Un même tunnel dans lequel  ont été engouffrés l' UMC de Ksar El Boukhari et une polyclinique du côté de Chahbounia. Nous y reviendrons.

Abderrahmane Missoumi

 

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