Les habitants de Sohane s'installent dans la fatalité

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De la terreur intégriste au désintérêt des autorités

Les habitants de Sohane s’installent dans la fatalité

 

le 28.04.12 | 10h00 2 réactions

 

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Un silence de mort régnait là de notre arrivée dans la commune de Souhane. Perchée à 670 m d’altitude, elle a toutes les allures d’une véritable ville fantôme.

Distante de 47 km d’Alger et du chef-lieu de la wilaya de Blida, elle dépend de la daïra de Larbaâ. Sur les 16 km qui séparent Sohane de Larbaâ, la nature offre, à travers les méandres de la RN8, un féerique paysage et un air des plus purs. Ces endroits magiques, au lieu d’attirer des touristes, ont servi de gîte aux terroristes. La commune de Sohane figure parmi les localités qui ont payé cher la rançon de la paix. Otage de ses plaies, elle est aujourd’hui vidée de ses habitants. Si certaines communes se lamentent du nombre croissant de ses habitants, Sohane cherche désespérément à récupérer les siens.


Les séquelles de la terreur


Un enfant en âge d’aller à l’école joue avec un chien errant. Deux hommes échangent difficilement quelques mots au café du coin. Quelques jeunes regroupés autours d’une plateforme de fortune, jouent aux dominos. A part ces quelques personnes qu’on a rencontrées, il n’y a rien. L’ambiance si froide des lieux nous donne des frissons. Malgré la beauté et la sérénité que dégage le paysage, l’inquiétude nous gagne. La mémoire collective et les fantômes des personnes tuées et des filles kidnappées et violées imposent une forte émotion. Sohane abrite actuellement environ 200 habitants contre 4000 il y a 20 ans. Les 15 dechras formant Sohane étaient envahies par les rires des enfants et les espoirs de leurs aînés d’un futur meilleur. Ils ont commencé à quitter les lieux au début de 1995, année d’apparition des premières horreurs. Le massacre du 20 août 1997, où 65 personnes ont été sauvagement assassinées, a fait fuir tout le monde. «Personne ne peut revenir, nous confie un employé à l’APC.

Certains ont pris les dédommagements pour faire une nouvelle vie à Larbaâ. Comme nous tous, ils veulent tourner cette affreuse page.» La décennie noire a causé non seulement la fuite des habitants, mais a aussi mis fin à tout espoir de relance du tourisme. Avec la chaîne de montagnes qui l’entoure, Sohane pourrait facilement accueillir les amateurs de deltaplanes et les férus d’alpinisme. Malgré les fortes potentialités qu’elle recèle, aucune activité, ne serait-ce commerciale, ne s’y déroule. A quelques encablures du chef-lieu de cette commune, il existe un hôtel-restaurant. Son architecture moderne a attiré notre attention. Menacé, son propriétaire s’est vu obligé de l’abandonner durant une bonne quinzaine d’années. Créé dans les années quatre-vingt, cet hôtel participait à la promotion de Sohane.


Le tourisme non encouragé


Il était l’incontournable escale de tous ceux qui empruntaient la RN8. Aujourd’hui, son propriétaire, désirant y revenir, a commencé sa rénovation. Toutefois, un immense problème l’empêche de rouvrir son hôtel : les raccordements aux réseaux de distribution d’électricité et d’eau ont été détruits durant la décennie noire. La demande formulée pour remédier à ce problème, faite aux autorités concernées, reste sans aucune suite favorable. «Les conditions de vie dans lesquelles on vit ne favorisent pas le retour des familles migrantes», déclare Samir, chômeur de son état, résidant à Sohane. Il déplore, entre autres, les chutes de la tension électrique, les perturbations dans l’alimentation en eau potable, l’inexistence de gaz de ville et le transport qui fait cruellement défaut.

«Il n’y a pas de minibus destiné à la commune, explique un homme d’un certain âge. Pour la plupart des transporteurs, Sohane n’est qu’un point de passage obligatoire dans leur trajet de Larbaâ à Tablat, dans la wilaya de Médéa. Ils ne passent même pas par le centre-ville. Ils prennent le détour de Techt sous prétexte du manque de voyageurs.» Pour les chutes de tension, Azli Mustapha, premier responsable de la commune, déclare que c’est aussi une des conséquences du terrorisme : «Plusieurs câbles ont été coupés et volés. Leur réhabilitation coûte les yeux de la tête. Nous avons pris contact avec les instances concernées ; nous attendons toujours leur réponse. Pour ce qui est de l’eau, elle est distribuée selon les capacités locales.»


L’infructuosité des projets pose problème


Pour faire revenir les siens, Sohane a vu le lancement de plusieurs projets. Parmi ces derniers, la réalisation de 50 logements ruraux à Ouled Mesaoud, 48 autres sont en cours au centre-ville ainsi que la réfection de plusieurs chemins ruraux. Mais pour plusieurs raisons, les chantiers avancent à petits pas. «Nous avons un immense problème avec les avis d’appel d’offres infructueux. Les entrepreneurs nous disent souvent qu’un projet à Sohane revient trop cher et que le bénéfice est vraiment insignifiant, ajoute notre interlocuteur. Cela sans compter le problème du foncier qui appartient dans la majorité au secteur des forêts. Dans le douar de Techt, il nous est impossible de lancer des projets vu que le terrain appartient à un privé.

A Sohane-centre, nous avons réussi à trouver une solution. Nous avions plusieurs logements appartenant aux biens vacants. Nous avons casé 18 familles dans un CEM afin de récupérer le terrain et y lancer le projet des 48 logements sociaux. Cependant, pour des causes d’infructuosité, ce projet est presque à l’arrêt depuis 2008. Les travaux n’ont pas bougé des 60%.» Pour le CEM, une opération de réhabilitation y sera entamée une fois les familles recasées. Parmi les projets figure la réhabilitation de la salle d’accouchement. Même si les travaux sont achevés, elle demeure aujourd’hui fermée en raison du manque de patientes et de personnel médical.

Pour faire revenir aussi les Sohanois, des projets entrant dans le cadre du Programme de développement rural intégré (PPDRI) ont été prévus. Plusieurs jeunes et moins jeunes ont déposé des dossiers. Durant les deux années passées, près de 350 dossiers ont été approuvés. Toutefois, ils ne sont toujours pas lancés en raison du manque de financement. Le blocage est, selon les responsables de la commune, au niveau de la conservation des forêts. Les raisons sont jusqu’à nos jours inconnues.
 

Asma Bersali

 

 

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