Tablat: Autres temps , autres moeurs

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                               Tablat :  Autres temps , autres mœurs

           Parmi les traditions qui étaient perpétuées dans la région de Tablat jusqu’à la fin des années soixante se furent ces fêtes de mariage où le cortège nuptial consistait à accompagner la mariée jusqu’à sa nouvelle demeure.Après les rites des fiançailles,on fixa un jour pour aller chercher la mariée du domicile parental.Le jour J, de retour et chemin faisant,les hommes prennent le devant du cortège festif guidé par le père du nouveau mari.Celui-ci tenait en bride un cheval ou un mulet dont la robe était généralement alezane,il fait avancer la bête à pas cadencés en tirant de temps en temps sur les rênes .Sur ce cheval,bien en selle,la mariée était coiffée d’un foulard vert signe de fertilité.Sur ce foulard,dans la partie frontale était fixé un petit miroir de forme ronde : Il était comme une marque de porte-bonheur attirant la prospérité et protégeant la future épouse du mauvais œil. A l’arrière,des femmes parées de leurs plus beaux bijoux et vêtues de leurs plus belles toilettes agrémentent cette procession solennelle par des yous yous mêlés aux tirs de baroud,aux sons de « la ghaïta et du t’bel de s’hab essanâa »,autre ingrédient rendant l’atmosphère de la fête plus gaie et la joie plus intense. 

         

        Dans l’extrait qui va suivre,extrait tiré d’un roman intitulé « Chronique Des Déracinés De La Mitidja » et dont les événements de l’histoire se déroulaient à Tablat après l’occupation française de l’Algerie,Hadjil l’auteur de ce roman dépeint avec une incroyable dextérité le déroulement et la célébration des noces à la tablatienne.Il nous fait plonger dans cette tradition  cérémoniale qui s’était maintenue même  quelques années après l’indépendance de l’Algerie.

             « Tablat ne vit réellement et ne montre ses habitants sous leur vrai visage, que durant les rares jours de fêtes.Ces jours-là,renonçant pour une fois aux champs et aux travaux domestiques,hommes,femmes et enfants ,venant même des collines voisines,se retrouvent tous ensemble pour célébrer l’événement… : On apporte aux hommes dans de grands plateaux en bois le traditionnel couscous que garnissaient de gros morceaux d’agneaux cuits en sauce et soupoudrés de cannelle.

             Le soir,les hommes forment cercle.Les plus proches font des offrandes en guise de cadeaux pour aider à la fête.Les gosses les plus hardis accompagnés par les joueurs de t’bals et de ghaïta s’en donnent à cœur joie.Puis se dégageant du cercle, encouragés par les yous yous des femmes.

           Des hommes parés pour la circonstance de leur plus bel habit le bâton remplaçant le sabre,rivalisent entre eux dans d’interminables danses-duels, où la force des uns n’a d’égal que l’adresse des autres.

          Au moment du henné,certains « meddahs » en véritables chantres et maîtres de cérémonie,par des louanges de certains personnages et certaines familles de la région,font la glorification de leur passé,leur fortune ou le courage de leurs hommes, enchantent l’assistance et déclenchent de stridents yous yous.Les femmes bien qu’invisibles de l’extérieur ne ratent rien de la cérémonie.Et lorsque les chants des meddahs racontent des paraboles qui nécessitent des réponses,certaines femmes, au fait de toute l’histoire du douar  et de ses habitants,n’hésitent pas à répliquer en vraies spécialistes de la rhétorique.Entamée de la sorte,ces rares joutes oratoires atteignent leur summum,à la grande joie de l’assistance,quand les femmes utilisent elles aussi des métaphores et des paraboles dans leurs réponses,et que les hommes,fierté oblige,se doivent à tout prix d’annihiler par des répliques appropriées… »

             

 

 

  Comparez ces fêtes qui se déroulaient dans une ambiance empreinte de sérénité et qui étaient réellemnent de très agréables  moments de la vie communautaire avec nos fêtes d’aujourd’hui.Ces fêtes où nos villes deviennent de véritables discothèques à ciel ouvert. Ajouter à cela toutes ces machines festives infernales qui parcourent à la longueur de la journée les ruelles empêchant les gens de se reposer, provoquant des embouteillages et gênant les piétons.Quelquefois ,on se retrouve dans des situations intolérables :Une cérémonie funèbre qui se déroule sous des airs de musique agressive :on ne compatit plus au chagrin,au malheur et à la douleur d’autrui !!!

 

 

 

 

 

                  Abdelkader  Lakhdari ( administrateur du site)  / kall.e-monsite.com

                                             Référence bibliographique :

«  Chronique des déracinés de la Mitidja » Roman de Hadjil ,

                                                           Pages  12 et 13

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Commentaires (2)

1. zellagui (site web) 06/06/2010

Monsieur Hadjil,

Ce fut pour moi un grand honneur et une immense joie à vous voir venir sur mon site et à laisser un commentaire,commentaire que je trouve fort émouvant et fort motivant.
Je saisis cette opportunité pour vous exprimer ma profonde gratitude.Pour moi,vous êtes l’hôte d’honneur exceptionnel de ce site.
Monsieur Hadjil, l’histoire de votre roman : « Chronique Des Déracinés De La Mitidja » m’a beaucoup fasciné parce qu’elle traduit l’âme de la communauté tablatienne d’autrefois et d’une manière qui me semble très fidèle.Vous avez placé la tablatité,si j’ose le dire,dans son acception la plus large.Les personnages de votre roman reflètent bien l’organisation sociale dans un cadre de références propre à une période de l’histoire dans la vie des habitants de la région dont le douar de Tablat en était le symbole.
Je vous dis sincèrement que vous avez réussi magistralement en écrivant ce roman parce que vous avez tenez compte de la culture un peu spécifique de la région de Tablat dans votre récit vraisemblable.
Votre roman est un ouvrage de référence pour "ceux et celles qui ont eu la chance de vivre ces fragments de vie qui collent à la mémoire,ces petits souvenirs d’enfance, ces instants de bonheur simples"...(sic) Monsieur Hadjil.
Merci infiniment pour votre œuvre,pour votre visite et pour le commentaire que vous avez laissé et que j’ai énormément apprécié.
Veuillez recevoir,Monsieur Hadjil, l’assurance de ma considération distinguée.
Kader Z.

2. HADJEBI 06/06/2010

Bonjour Kader,

Je viens juste de découvrir le site et de lire, avec émotion je l'avoue, l'article sur Tablat : Autres temps, autres moeurs. Dans 'Chronique des déracinés de la Mitidja' j'avais essayé de confier aux lecteurs tous ces fragments de vie qui nous collent à la mémoire... de petits souvenirs d'enfance, des instants de bonheur simples, mais ô combien réconfortants pour ceux et celles qui ont eu la chance de les vivre. Etre cité comme cela dans votre article est vraiment flatteur. Merci. Félicitation pour le travail que vous faites et bonne continuation.
Bien cordialement.
Hadjil (Hadjebi)

Ce commentaire a été publié le 04/06/2010 à 20:57 dans la page "Tablat (Algerie)"

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