La zaouïa de Bou Marouf

                             

LA ZAOUÏA DE BOU MAROUF

 

 

  De la Zaouia de Bou Maârouf : il n'en reste aujourd'hui que quelques murs en ruines.

Bou Marouf : historique bref de la zaouïa

Il est des coins dans notre région qui, depuis la nuit des temps, ont été témoins du passage et de l'établissement de l'homme. Tablat représentait un territoire fertile et bien arrosée pour se nourrir. Les hauteurs difficilement accessibles permettaient à ses habitants de se protéger des dangers qui  les guetteraient. Son micro-climat ni trop froid ni trop chaud aidait les populations successives à s’enraciner davantage.

Par ces caractéristiques ,Ouled Sassi faisait jadis et par excellence le coin où l'on aimait se fixer et d’une manière définitive.C'est l'exemple  de ces nombreuses familles d’autres contrées de la région (ou d’ailleurs) ayant contracté des liens de parenté avec des Sassouis et qui étaient venues y habiter.

Trouvant que ces conditions sont très favorables pour s’établir, Sidi Bou Marouf , homme de foi et quêteur du divin,n’avait pas fait, lui, l’exception :il s’était isolé ici pour se consacrer à ses méditations après de longues pérégrinations.

L’accueil était toujours sobre et courtois dans ce coin si beau et si calme, reflétant l’humilité et la paix .Dans cet ensemble, Bou Marouf, zaouïa de nos ancêtres y était l’espace d’où rayonnait une lumière vive, lumière du Coran et de la Sunna. Elle constituait un endroit privilégié de la spiritualité et de la méditation, mais elle représentait aussi une autorité sociale et juridique.

En outre, elle était le siège de réalités d'une toute autre envergure. En prenant de l'ampleur et de l'épaisseur, elle était devenue également un espace du politique.

Dans ses recherches d’alliances, Cheikh El Mokrani, de son vrai nom Mohand Ait Mokrane (1815-1871 ), avait préparé un formidable soulèvement. Il jeta dans l'insurrection toutes les tribus d'Alger à Collo.

Après avoir couché dans la zaouia de Bou Maârouf,à Tablat,il se rendit aux environs d’Aumale le jour suivant…De passage chez les Arib(Aïn Bessem,El Azizia,Bir Ghabalou),il laissa, chez l’agha de cette tribu, sa suite...

 C'était également à l'ombre de cette zaouïa que se sont jouées certaines destinées de la zone 1 et 2 de la wilaya IV. Très tôt, la colonisation a dû affronter des hommes de cette zaouïa de la confrérie « Rahmania » comme elle l’a fait aussi avec les autres zaouïas éparpillées un peu partout à travers le territoire national.  

 

Zerda et pèlerinage à Bou Marouf

Une tradition très ancêstrale liée à cette zaouïa est la zerda de Bou Marouf. Durant deux jours,cette zaouïa située à proximité de la rive gauche de « Oued Isser » dans le territoire d’Ouled Sassi commune de Tablat célébrait, autrefois, son rituel habituel qu’on appelle communément « zerda ».Des notables, auxquels on accordait le mérite de veiller continuellement à la préservation du mausolée érigé à la mémoire de Bou Marouf, saint vénéré qui fut enterré dans ce lieu de pèlerinage, encadrent le déroulement de la fête. Cette zerda rassemblait ses adeptes et un public nombreux . Toute la nuit qui précède le jour J, sous le rythme du bendir de l’akhouane et des psalmodies à connotation religieuse faisant des louanges du prophète, les visiteurs vivaient des moments de mysticisme.

  La partie qui reste du doukkane sur lequel se tenait l'assemblée.

A une dizaine de mètres du mausolée ,une assemblée se tenait au pied d’un grand olivier trois fois centenaire.Tout autour de cet arbre, un doukkane couvert d’une foutah(nappe) était posé et sur lequel s’asseyaient en rond des hommes pieux, des notables et des talebs pour célébrer ce rituel séculaire,rituel qui se produisait chaque année durant le printemps :il était l’occasion pour solliciter la pluie en cas de sécheresse. Les pèlerins qui venaient naguère de partout trouvaient dans cette grande rencontre un moyen pour apaiser leurs inquiétudes existentielles ou pour se faire traiter pour une pathologie particulière (stérilité, impuissance, ensorcellement, …).Ils demandaient aux membres de l’assemblée citée précédemment,de lever leurs mains au ciel et de prier Allah pour qu’Il exauce leurs vœux.En contre-partie,des cierges porte-bonheur rangés à même le sol, leur sont vendus aux enchères. Le produit de cette vente est remis au Conservateur;il servira à la nourriture des pensionnaires,à payer l’imam-enseignant et à restaurer la zaouïa.

Le jeu de lutte (Avant et après l'indépendance de l'Algérie )

A la fin de cette cérémonie, sur un terrain sablonneux de l’oued et attenant au Marabout, se déroulaient des jeux de lutte ; les vainqueurs sont récompensés par une prime (un cierge).En Algerie,la lutte est un genre de divertissement beaucoup plus des gens de la montagne,plutôt que ceux de la ville.

Tout autour, sur la pelouse, des centaines de spectateurs ont formé le cercle autour des lutteurs.Aux premiers rangs, des enfants et des jeunes gens sont accroupis et parfois ils écopent quelques horions, lorsque l’ardeur de l’action précipite les lutteurs sur le public.Derrière eux, les autres spectateurs, debout, les uns contre les autres, se penchent par-dessus les épaules de leurs voisins pour mieux juger les chances.

Le principe de la lutte est assez simple.Lorsque deux champions se trouvent à peu près de force égales,ils se provoquent,ils cherchent à se saisir,se fatiguent un instant par des feintes attaques et le corps à corps commence.Dès que l’un a touché la terre d’une épaule,il est vaincu.Mais ce ne sont pas seulement des provocations personnelles.Ce sont aussi des provocations des habitants de la rive gauche à ceux de la rive droite de « Oued Isser ».Ainsi, après les premiers assauts qui se font entre sujets de moindre importance, arrivent les champions des douars des deux rives.

Quand un assaut est terminé, de nouveaux champions se présentent.Ils entrent dans la lice et en font le tour à la course, les uns après les autres, en manière de défi.Cette course est d’un genre particulier.Le corps penché en avant, la tête baissée, ils sautent plutôt qu’ils courent, retombant très lourdement sur leurs talons.C’est une sorte de tour de piste où spectateurs et acteurs peuvent préjuger de la force des concurrents. La lutte est souvent très acharnée.Lorsqu’elle se prolonge avec des chances égales, les adversaires s’excitent à tel point que des anciens sont obligés de s’interposer et mettent fin au combat.Ces anciens se sont eux qui règlent les jeux, font cesser le corps à corps, décident du vainqueur dans les cas contestés…

Au terme du jeu, le meilleur lutteur était couronné champion de la confédération de Tablat :il était alors désigné pour participer à la finale de la province d'Alger.Chaque année, à la fin de la moisson,cette finale eut lieu à Sidi M'Hamed Bouqabrine ( Belkourt ).

La clôture de la fête

Les pèlerins qui ne cessaient de déferler toute une journée sur les lieux,avaient droit de prendre collectivement du couscous aux fèves et aux petits pois avant la clôture de la zerda.

Sur le sol ,  6 à 8 personnes assises à la ronde autour de grands plats d’argile s’adonnent à la dégustation du couscous tout chaud arrosé de petit lait (l’ben).Tôt le matin , les habitants, des douars qui formaient la tribu d’Ouled Sassi, ramenaient du petit lait dans des outres(guerbas) ou dans des barattes (chakouas).

 Alors que le couscous, était roulé par les talebs,pensionnaires de la zaouïa, dans des cuisines appropriées quelques jours avant la tenu de la zerda.Mais le jour de la fête, tout le monde participait à la préparation des plats de couscous.

En ce jour de pèlerinage, tout le long du mur du Marabout et près de la porte d'entrée, sont groupés des marchands de gâteaux, de fruits, de rafraîchissements, de pacotilles, où les pèlerins viennent s'approvisionner pour apporter à leur famille quelques friandises, avec la " Baraka " de Sidi Bou Marouf.

La visite s’achève par l’accomplissement collectif de la prière de l’après-midi, manière de signifier aux nombreux pèlerins que le rituel a pris fin tout en donnant rendez-vous pour le printemps prochain.Sitôt les pèlerins commencèrent à se disperser qu’une pluie, accompagnée de tonnerre, se déversait à flots.On savait pertinemment qu’à la fin de chaque zerda, une pluie viendrait courronner les festivités parce qu’on s’y était habitué.

Le sentiment qui régnait à cette époque était empreint d’une grande fraternité entre les gens.

Tablat se distinguait également par la richesse de ses ressources naturelles, sources de la baraka.Il faisait agréablement bon d’y vivre pour la simple raison que dans cette zaouia on dispensait durant toute l’année le Coran et les sciences religieuses dont la lumière se répandait sur toute la région.Quand on y passait tout près, on voyait les toulba qui formaient des cercles et on les entendait lire le Coran à haute voix en balançant les têtes : Toute la région de Tablat était cernée d’anges grâce aux récits des versets du Saint Livre qu’on entendait résonner à la longueur de journée c’est pourquoi notre région était à l’abri du mal (hostilité,rancune, jalousie,haine…) et ses habitants menaient une vie simple , douce et aisée.

La zaouïa de Bou Maârouf,tombée dans l’oubli !

Cette zaouïa qui fut un lieu de culture et qui joua un rôle primordial dans la propagation du savoir et des préceptes de l’Islam a été abandonnée depuis des dizaines d’années. Cependant au cours des années 1978 et 1979,le flux des visiteurs a enregistré une nette régression jusqu’au boycott total au milieu des années 80.

Les raisons du désertement demeurent inconnues jusqu’à nos jours.On a essayé de la revivifier mais les démarches n’ont pas abouti.La décennie noire qu’a connue notre pays a freiné toute volonté et toute initiative visant à la reconstruire. Aujourd’hui, il ne reste de la zaouïa que des ruines et des souvenirs disparates d’un passé relativement somptueux.

   Il s’avère plus que nécessaire à réhabiliter la zaouïa de Bou Marouf, gardienne des traditions anciennes et de la mémoire collective.Il faudra qu’elle retrouve sa forme d’origine pour qu’elle devienne ce qu’elle était.

Comme cette zaouïa est située à 3 km au sud de la ville de Tablat, sa reconstruction pourrait être intéressante à plus d’un titre : sise sur un site d’une beauté séduisante,elle pourrait devenir un foyer principal d’attraction touristique et culturelle.

                                Références bibliographiques : -Confréries religieuses musulmanes Publ. par Octave Depont

                                                                        - Notes chronologiques pour servir à l'histoire de l'occupation française dans la région d'Aumale,

                              1846-1887, par G. Bourjade,... -A. Jourdan (Alger)-1891    

                                                                        -"Lutte arabe" extrait de "Les deux Algerie" Par Georges Viollier,1898

                                                                        - "Marabout de Belkourt", Chérif Zahar , texte adapté

                   Abdelkader Lakhdari ,administrateur du site

 

 

De la Zaouia de Bou Maârouf ne restent que des murs en ruines.

 

 

 

 

Les ruines de cette Zaouia totalement détruite,Zaouia qui se

situe à proximité de Oued Isser

 

 

 

Au second plan , on voit la Zaouia de Bou Maârouf dont il ne reste que le tracé et les ruines de quelques murs.

 

 

 
Abdelkader Lakhdari sur Google+
Commentaires (4)

1. HADJAM 15/03/2013

je suis très intéressée par ce site car mes grands parents sont de Ouled Sassi et je compte vraiment bâtir une petite bâtisse pour les vacances de mes enfants. Ps: Bravo pour le site.

2. Khelifi Said (Mahmoud) (site web) 05/09/2012

Magnifique travail . Ouled Sassi est mon lieu de naissance et Boumarouf la 1ère mosquée ou j'ai appris mes premiers versets du saint Coran. J'aimerai bien y faire un tour .
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Merci infiniment Monsieur l'inspecteur pour le commentaire et pour ces informations intéressantes sur votre lieu de naissance et sur la 1ère école coranique (zaouia de Bou Maârouf) que vous avez fréquentée .Votre appréciation à l'égard de mon travail est fort encourageante.Je souhaite que vous ayez un jour le temps pour aller faire un tour à O.Sassi.

3. Aïssa 02/12/2011

Grand bravo pour ce que vous faites.

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